Julie Driscoll, Brian Auger & The Trinity - Open lp (1967)
Sorti en 1967, Open est le premier album officiel de la collaboration entre Brian Auger & The Trinity et Julie Driscoll.
Il marque une étape importante dans la scène britannique, au moment où le jazz, le rhythm and blues et la psychédélie se rencontrent dans un esprit d’expérimentation.
Si l’album n’atteint pas la notoriété planétaire de Streetnoise (1969), il impose déjà un son hybride unique, porté par la voix singulière de Driscoll et l’orgue Hammond d’Auger.
Instrumentation : dominée par l’orgue Hammond virtuose de Brian Auger, soutenu par une section rythmique solide et quelques guitares incisives.
Voix : Julie Driscoll se démarque par un chant expressif, profond et parfois inquiétant, qui la distingue des chanteuses pop de l’époque.Atmosphère : un mélange de jazz moderne, de soul, de rock psychédélique et d’improvisations. L’album garde une couleur live, brute et énergique.
À sa sortie, l’album a reçu un accueil mitigé :
Certains critiques voyaient Open comme un disque trop « expérimental » pour le public pop, mais trop orienté rock pour les amateurs de jazz.Avec le temps, il est devenu un album culte, apprécié pour son audace et son rôle de précurseur dans la fusion rock-jazz.
Il a contribué à établir la réputation de Julie Driscoll comme l’une des voix les plus singulières et avant-gardistes de la scène britannique.
L’album est pensé en deux volets : face A centrée sur le trio d’Auger (plutôt instrumental / expérimental), face B avec l’entrée en scène de Julie Driscoll au chant.
In and Out — 3:07
Ouverture « club » : un hard-bop groovy porté par l’orgue Hammond et une section rythmique sèche. Auger pose d’emblée le cadre : virtuosité sans esbroufe, swing et riffs accrocheurs. Parfait pour planter le décor jazz-R&B.
Isola Natale — 5:26
Ambiance modale et lignes d’orgue en volutes ; on entend l’Auger improvisateur, qui étire les motifs et joue sur la dynamique du trio. C’est l’une des pièces « signature » du disque côté instrumental.
Black Cat — 3:22
Titre nerveux et râpeux où Auger prend le chant. Groove sec, claps et orgue incendiaire : un mini-hit de club, plus R&B que jazz, qui montre la facette la plus directe du Trinity.
Lament for Miss Baker — 2:38
Parenthèse lyrique : une ballade feutrée influencée par le langage d’Ellington, avec un toucher plus pianistique et une mélancolie très 60s. Court mais élégant.
Goodbye Jungle Telegraph — 6:19
Le freak-out percussif de la face A : textures bruitistes, dialogues batterie-orgue, ruptures et effets « radiophoniques » absurdes inspirés par l’humour des Goons. Expérimental sans perdre le fil du groove.
Tramp — 4:14
Changement de décor : Julie Driscoll entre et impose immédiatement son timbre fauve. Relecture du hit d’Otis & Carla : plus sombre, plus poisseuse, avec un orgue qui accentue les angles soul.
Why (Am I Treated So Bad) — 3:33
Cover des Staple Singers. Julie module entre douceur et colère contenue ; l’orgue soutient des montées très gospel. Une des interprétations les plus émouvantes de la face B.
A Kind of Love In — 2:33
Pop psychédélique à l’anglaise : couplets légers, refrains qui mordent, breaks d’orgue bondissants. Le format court montre le versant « chanson » du duo Driscoll/Auger.
Break It Up — 3:02
Pièce compacte, très mod : batterie sèche, basse élastique, lignes d’orgue qui cisaillent. Julie garde le morceau sur un fil entre soul nerveuse et pop acide.
Season of the Witch — 8:00
La pièce maîtresse : la chanson de Donovan se transforme en jam hypnotique. Tempo ralenti, claviers en nappes, chant magnétique de Julie ; le morceau s’allonge, respire, se densifie jusqu’à la transe finale. Un sommet qui justifie à lui seul la réputation culte de l’album.
Open pose les bases de ce que Streetnoise développera deux ans plus tard avec encore plus d’ambition.
Il illustre bien l’énergie du Swinging London : la rencontre des clubs de jazz, des rythmes afro-américains et des visions psychédéliques.Aujourd’hui, il est redécouvert par les amateurs de jazz fusion et de psychédélisme 60s, qui y voient une pièce maîtresse de l’époque.
En résumé : Open est un album de transition, parfois inégal mais profondément novateur. Ses meilleurs moments (comme Season of the Witch) comptent parmi les plus grandes réussites du duo, et annoncent la liberté stylistique qui culminera avec Streetnoise.


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