Larry Williams - Here’s Larry Williams - 1959 Speciality
Sorti en 1959 sur le label Specialty, Here’s Larry Williams rassemble les morceaux les plus marquants de Larry Williams, figure du R&B et du rock’n’roll américain de la fin des années 1950. Cet album n’est pas seulement une compilation de succès : c’est un condensé de l’énergie brute qui a fait de Williams un maillon essentiel entre le R&B des pionniers et le rock britannique des années 1960.
Dès les premières notes, on est frappé par la puissance de sa voix : râpeuse, explosive, mais toujours agile, capable de passer d’un cri digne de Little Richard à un phrasé plus proche de Ray Charles. Des titres comme “Short Fat Fannie” et “Bony Moronie” témoignent d’un humour malicieux, soutenu par des rythmes endiablés et des riffs de piano irrésistibles. Ces chansons sont devenues des classiques repris par une multitude d’artistes, des Beatles à Dr. Feelgood.
L’album atteint des sommets d’intensité avec “Dizzy Miss Lizzy” et “Slow Down”, deux morceaux qui respirent une urgence presque punk avant l’heure. On comprend aisément pourquoi John Lennon, grand admirateur de Williams, a tenu à les réinterpréter avec les Beatles.
Cependant, tout n’est pas parfait. Certains morceaux plus secondaires, comme “Ting A Ling”, paraissent anecdotiques, et l’ajout de voix féminines en arrière-plan sur quelques titres sonne un peu forcé, atténuant la force brute du chanteur. Mais ces faiblesses restent marginales face à l’énergie globale de l’album.
Short Fat Fannie
Premier grand succès de Williams (1957). Une bombe de rock’n’roll pleine d’humour, avec un texte truffé de références à d’autres chansons. Le piano bondissant et la voix explosive en font une entrée fracassante. Un classique du genre.
Make a Little Love
Un titre plus léger et moins marquant. Reste agréable par son groove et ses cuivres, mais souffre de la comparaison avec les morceaux plus emblématiques.
Bony Moronie
Probablement la chanson la plus connue de Williams. Un riff simple et efficace, des paroles directes, un refrain imparable. Le genre de morceau qui résume à lui seul le rock’n’roll de la fin des années 50.
Hootchy-Koo
Un titre rythmé et espiègle. Moins universel que Bony Moronie, mais plein d’énergie brute. Les saxophones apportent une touche festive.
Dizzy Miss Lizzy
Sans doute le morceau le plus intense de l’album. Le riff de guitare martelé, la voix criée, le tempo effréné : tout y est. Pas étonnant que John Lennon ait repris ce titre avec passion. On y sent presque une préfiguration du garage rock et du punk.
Little School Girl
Un rock aux paroles malicieuses, porté par un saxophone suggestif. Moins connu, mais jouissif par son côté provocateur et dansant.
Teardrops
Un des rares titres où Williams ralentit un peu le tempo. Plus orienté vers la ballade R&B, mais sa voix manque parfois de la subtilité qu’exige ce registre. Intéressant comme contraste, mais pas un point fort.
High School Dance
Un hymne typique des années 50 : gai, simple, fait pour danser. Pas révolutionnaire, mais efficace dans le contexte de l’album.
Slow Down
Chef-d’œuvre absolu. Un morceau nerveux, avec une tension incroyable entre piano, guitare et voix. Les Beatles en feront une reprise culte. Sans doute l’une des meilleures performances vocales de Williams.
Ting-A-Ling
Un morceau mineur, un peu bâclé, qui manque d’inspiration. Souvent considéré comme l’un des points faibles de l’album.
Lawdy Miss Clawdy
Une reprise du classique de Lloyd Price. Williams lui insuffle énergie et rugosité, mais elle reste en deçà de l’original.
You Bug Me Baby
Titre surprenant, mélange entre humour et groove, avec une énergie qui rappelle Buddy Holly. Moins connu, mais intéressant pour voir une autre facette de Williams.
Au-delà des chansons elles-mêmes, Here’s Larry Williams capture un moment de transition dans l’histoire de la musique populaire : la fusion du R&B sauvage de La Nouvelle-Orléans avec l’élan rock’n’roll qui allait envahir le monde. L’album témoigne du rôle central — mais trop souvent oublié — de Williams dans ce passage de relais.
Here’s Larry Williams reste un album incontournable pour qui veut comprendre les racines du rock’n’roll. Ce n’est pas seulement une compilation de tubes, c’est une véritable déclaration d’énergie et d’attitude, encore percutante plus de 60 ans après sa sortie.


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